Colère froide et humeur destructrice.
Quel programme…
Belle journée en vérité.
Il y a des moments où l’entêtement confine à la bêtise. Mais la cause est-elle vraiment perdue?

Une ride au milieu de mon front, qui n’y était pas hier matin… Née aujourd’hui quelque part entre 11h et 12h. Il est 13h26. Est-ce juste un énième sursaut de ras-le-bol ne menant à aucun changement efficace comme tous ces sursauts hebdomadaires depuis plus d’un an et demi maintenant? Ou est-ce vraiment un tournant? Le moment où je vais cesser d’être lâche, d’avoir peur, de laisser mes doutes et mes incertitudes me noyer et m’empêcher d’agir? Où je vais cesser de subir, de vivre dans cette attente de je ne sais quel évènement qui me permettra de sortir de cette période, de ces souffrances? Qu’importe si je ne sais pas, je ne saurai probablement jamais, et je dois faire avec.

Réveil difficile, comme toujours, un peu avant 7h ce matin. Ces derniers temps je me traine, je me sens épuisée au moment où je rentre chez moi et n’aspire qu’à dormir, et du moment où je rentre au moment où je finis par sombrer aux appels de Morphée je ne fais que me remplir de la moindre nourriture que je peux trouver sur mon chemin. Grignoter, dormir, voilà tout ce à quoi j’aspire… J’apprécie des moments passés avec les enfants, pour le reste je m’en tiens à mes devoirs et obligations, aux facades, à l’intendance. Je croule sous tous ces éléments inscrits dans la liste de ces choses à faire à la maison ou au boulot, et je tente vainement de les vider en oubliant qu’elles sont infinies.
Deux heures à m’occuper d’eux en vaquant à divers devoirs ménagers, une heure à tenter de commander des trucs, pour améliorer le quotidien, pour un anniversaire, pour respecter les nécessités écologiques… Sauf qu’à part le cadeau le reste ne fût que perte de temps. Et puis 10mn à courir pour se préparer, s’habiller dans les temps, emmener Lucas à la “baby gym”, pour qu’il essaye l’activité, qu’il voit si ça lui plait, qu’il regrette moins le fait que pour lui les bébés nageurs c’est terminé. Le voilà déposé, les voisins nous le ramèneront… Et je me retrouve en voiture, seule, avec une heure devant moi, une longue heure qui s’étend avec toutes ses promesses.
Oui. Sauf que je ne sais plus utiliser ça. Ou aller? Que faire? J’aspire au repos. J’envisage de rentrer prendre ce repos à la maison, je suis arrêtée à l’idée que Pierre et Eve y sont. Je ne pourrai pas trouver le repos à la maison, il y a longtemps que ce n’est plus que très rarement un lieu de repos. Alors tant pis, autant mettre à profit cette heure pour avancer ces fichues listes, et peut-être gagner cette heure pour un moment plus opportun… Me voilà au magasin de surgelés, faut dire Lucas a demandé des glaces depuis plusieurs jours, et je sais que le réfrigérateur n’est pas très fourni pour ce week-end. A la caisse:

- Bonjour, je vous règle en carte bleue.
- Allez-y!

A peine la main dans le sac je réalise le souci, le portefeuille est resté devant l’ordinateur, suite à la commande matinale qui a précédé la course pour se préparer et sortir sans une vérification du contenu du sac chopé à la volée… La caissière tente de sauver la situation en me proposant d’aller chercher ma carte, les marchandises et le ticket restant là. Je ne prends pas le temps de réfléchir, oui madame, bien madame. Et me voilà partie pour un aller-retour d’une dizaine de kilomètres, au temps pour mes préoccupations écologiques voire économiques…

Je passerai sur les raisons multiples et pas si claires (cumul de ridicule au magasin, de culpabilité écolo, d’énervement du à la perte de temps, de peur quand Eve s’est pincé le doigt dans la porte à cause de mon genou qui a poussé cette dernière, d’incapacité de communication” correcte” avec Pierre?) qui font que plusieurs minutes après je repartais de chez moi en larmes, la voiture sentant un peu le brûlé pour l’avoir faite rugir à l’arrêt (mais sincèrement, il vaut mieux que ce soit à l’arrêt…). C’est près d’une heure et demi après le début de ce laps de temps “imprévu”, et finalement passé à pleurer toutes ces larmes qui refusaient de se taire, entre un passage pour payer mes fameux articles et un autre pour voir que non le magasin bio ne fait pas l’article que je ne me suis pas décidée à trouver sur internet, donc vers 12h30 que je suis rentrée dans mes pénates. Les enfants finissaient de déjeuner. J’ai avalé vite fait deux des 26 nems que l’on s’étaient enfin décidés à faire en deux petites heures hier soir, après des années à “ne pas trouver le temps”. J’ai décrété au passage un “je n’y crois plus”. On a couché la petite, mis au repos le grand. Et me voilà jetant mon fiel sur mon clavier. La rage redescendant peu à peu. Sauf qu’il peut tenter de me parler comme il le faisait alors que je pianote, je ne veux plus l’écouter. Sauf que j’en ai marre d’avoir “tout” aux yeux du monde et d’être encore le monstre qui ne sait pas s’en satisfaire. Je n’en peux plus de cette vie où pas une semaine ne s’écoule sans que je m’écroule de culpabilité, de chagrin ou de rage. Je ne sais pas où est la solution. On me répète qu’elle est en moi, la belle affaire, je ne la trouve pas… Peut-être que je ne m’ouvre pas les tripes correctement pour fouiller au bon endroit? Jai perdu la foi depuis un bon moment maintenant. J’ai perdu la confiance, si jamais je l’avais. Je perds l’amour car je ne sais toujours pas si je suis capable d’aimer. Je ne connais que cette chose persuadée qu’elle ne pense qu’à elle et que c’est mal, mais qui ne sait pas comment faire autrement.
J’aimerais cesser de pleurer, j’aimerais être celle que je sais être, que je suis, celle dont l’énergie rayonne dans les sourires qu’elle lance au soleil, qui aspire à cette vie de rire et de jeu dans une grande batisse emplie de monde, qui aime les plaisirs simples qui ont disparu. Elle apparait encore mais si étiolée…

Et puis il y a ce rêve, le week-end dernier, dont j’avais hésité à parler ici, parce que trop intime. Disons qu’aujourd’hui l’intimité, vous le voyez, je m’en fous. C’est cool le jardin secret, sauf que je n’en peux plus de me sentir si seule au fond de mon jardin dévasté.Alors oui ce rêve, tout simple, très court, tout intense. Me voilà debout devant une de ces bornes d’arcades de nos enfances des années 80. Ce n’est ni Pacman, ni la chenille, ni même Arcanoid sur l’écran, c’est un exercice sur un écran noir. Debout devant ma borne j’ai quand même un clavier et une souris sans fil, le troisième monde ne s’embarasse pas d’éviter les anachronismes. Je peine à refaire cet exercice que j’ai eu à faire lors de ma formation quelques jours avant, mais je m’y astreint afin d’être à la hauteur, de comprendre, de montrer que j’en suis capable. Il arrive derrière moi. Je crois que je suis dans une classe, d’autres élèves sont eux assis, je suis à l’écart, comme toujours. J’ai peur qu’ils ne m’en veuillent s’il me prête attention, qu’ils me détestent un peu plus. Lui c’est le prof, l’autorité, celui qui sais, celui qui guide. Il arrive donc derrière moi et passe ses bras de part et d’autre de moi pour attraper clavier et souris.

- Que fais-tu Virginie?
- Je refais l’exercice, je ne l’ai pas bien compris.
- Tu n’es pas obligée de faire ça, il y a d’autres choses plus importantes, et qu’importe que celui là tu l’aies compris ou pas, ce n’est pas ce que je te demande.

Quelques mots, pas grand chose. Ce qui m’a frappée dans ce rêve est ailleurs. Dans le cercle formé par ses bras et la borne, au milieu d’un flot d’ondes indéfinissables, les bras ballants, juste en train d’écouter et de comprendre que je pouvais lâcher ce que je m’astreignais à faire, j’ai ressenti, j’ai profondément éprouvé un sentiment de sécurité, une certitude de protection. J’étais sans défenses, toutes mes murailles abaissées, tous mes masques à terre, juste là, juste moi, et j’étais en sécurité, et j’étais protégée. Depuis combien de mois je n’ai plus éprouvé cela dans la réalité? Depuis quand n’ai-je plus senti que je pouvais me laisser aller simplement en toute confiance? J’aspire à retrouver cette sensation, ce moment serein, cet intense bien-être. Mais même mes rêves me la refusent encore…

Eve se réveille de la sieste, il est 14h45, le quotidien reprend ses droits. Des fois je voudrais qu’il cesse, tout simplement.